Par Colette AUDEBERT, Consulting Pilates & Wellness 2.0.

Stéphanie Arveux incarne la réussite d’une carrière internationale construite avec patience, humilité et ouverture d’esprit. Entre Orient et Occident, voici le parcours d’une pionnière du spa management international.

PARCOURS ET MOTIVATION

Quel a été votre parcours avant de vous expatrier, et qu’est-ce qui vous a poussée à franchir le pas de l’international ?

Stéphanie Arveux

Stéphanie Arveux

Avant de m’expatrier, je travaillais en France dans le secteur de l’hôtellerie. J’ai ensuite vécu à Londres pendant quelques années, où j’ai évolué dans le domaine commercial, toujours dans l’hôtellerie. C’est à la suite de cette expérience que j’ai intégré la chaîne Four Seasons aux Maldives en tant que directrice des ventes. Cette première expatriation a été déterminante dans mon parcours.

Après les Maldives, je suis partie aux Seychelles, toujours au même poste, où je suis restée trois ans. C’est durant cette période que j’ai choisi de me réorienter en suivant une formation d’un an afin de devenir directrice de spa au sein de Four Seasons, marquant ainsi une nouvelle étape dans mon évolution professionnelle.

DIFFÉRENCES CULTURELLES DANS L’APPROCHE DU SPA

Quelles sont les principales différences que vous avez observées entre la culture spa française et celle de vos pays d’accueil ?

Je dirais avant tout que tout dépend du type d’hôtel dans lequel le spa opère. La culture et l’approche du bien-être sont très différentes entre un hôtel de ville et un resort hotel. J’ai travaillé pendant cinq ans en Thaïlande, un pays où la culture du spa et du wellness est extrêmement marquée. C’est une destination « facile » dans le sens où le bien-être fait déjà partie intégrante de la culture locale. Les thérapeutes ont cela dans la peau, ce qui permet de recruter plus aisément des profils de grande qualité. Il est également plus simple d’y développer des concepts naturels et authentiques, en utilisant des produits issus de la terre qui s’intègrent parfaitement aux soins, comme la noix de coco ou l’aloe vera.

Dans les hôtels resort, le temps accordé aux clients est plus long, ce qui favorise une connexion plus profonde et une expérience plus immersive. À l’inverse, dans un hôtel de ville, les rendez-vous s’enchaînent, le rythme est plus soutenu et les clients n’ont pas toujours le temps de s’installer pleinement dans l’expérience bien-être.

MANAGEMENT INTERCULTUREL

Quels ont été vos plus grands défis en termes de communication, de codes de travail et d’attentes professionnelles ?

L’anglais comme langue commune

Tout d’abord, dans tous les hôtels où j’ai travaillé à l’étranger, les échanges se faisaient en anglais, qui était la langue de travail commune. J’ai principalement évolué en Asie, où la culture est très différente de la nôtre.

Le choc culturel France-Asie

Le contraste entre un caractère français plutôt frontal et direct et une culture asiatique beaucoup plus discrète, où certaines choses ne se disent pas en public, a représenté un véritable défi. La première année en Thaïlande a été particulièrement exigeante : j’ai dû apprendre à être plus flexible, à ajuster ma communication et à développer une écoute beaucoup plus attentive.

Manager avec sensibilité

Les thérapeutes sont en général très sensibles ; il est donc essentiel d’adopter un management équilibré, à la fois ferme sur les standards et attentif à l’humain. Cette expérience m’a appris à adapter mon style de leadership, à gagner la confiance des équipes et à créer un environnement de travail respectueux, propice à la performance et au bien-être de chacun.

STANDARDS ET PROTOCOLES

Avez-vous importé des méthodes de travail ou des standards français dans vos spas ?

En matière de standards et de protocoles, nous étions tous formés de la même manière selon les standards Four Seasons. Pour ma part, j’étais particulièrement attachée aux play roles (mises en situation), que j’ai intégrés de façon régulière dans nos meetings quotidiens. Cette approche très concrète a permis aux équipes de gagner progressivement en aisance, notamment en communication avec les clients.

EXIGENCES CLIENTÈLE ET SERVICE

Comment décririez-vous les attentes et l’exigence des clients dans vos pays d’accueil par rapport à la clientèle française ? Quels aspects du service sont non-négociables selon les cultures ?

Des attentes universelles

En réalité, les attentes des clients sont similaires dans tous les pays. Tous recherchent avant tout une expérience de qualité, personnalisée et relaxante, avec des soins exécutés de manière professionnelle et attentive.

Les aspects du service considérés comme non-négociables restent constants :
– la propreté,
– le respect des protocoles,
– la qualité des soins,
– la capacité à créer une relation de confiance avec les clients.

L’adaptation culturelle se fait davantage dans la manière de communiquer ou de percevoir le service, mais les standards d’excellence restent universels.

PRODUITS, MARQUES ET TENDANCES LOCALES

Y a-t-il des rituels ou des techniques locales particulièrement appréciés que vous avez intégrés à votre offre ?

La majorité des produits que nous utilisions provenaient du pays, notamment les huiles de base ainsi que l’huile de coco.
Pour la plupart de nos rituels, nous privilégions également l’utilisation d’ingrédients naturels et locaux.
Cette philosophie permet non seulement de créer des soins authentiques et différenciants, mais aussi de s’inscrire dans une démarche durable et respectueuse de l’environnement local.

Stéphanie Arveux

ÉQUILIBRE VIE PRO/PERSO

Comment vivez-vous l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle dans vos pays d’accueil ?

La vie à l’étranger est globalement facilitée par l’entreprise qui nous emploie, notamment grâce à l’accompagnement proposé par le groupe. Cela permet de s’installer plus sereinement et de se concentrer davantage sur le travail et l’intégration dans le pays d’accueil.

Les défis de l’adaptation culturelle

Cependant, travailler avec une autre culture n’est pas toujours évident. Les différences de modes de communication, de méthodes de travail ou de rapports hiérarchiques demandent une réelle capacité d’adaptation. À cela, s’ajoute le fait qu’il faut se reconstruire un réseau social, ce qui peut être un défi au début.

Une vie en accéléré

Tout va généralement très vite, car la plupart des personnes évoluant dans ce type d’environnement partagent le même mode de vie, avec des déménagements fréquents, tous les trois ou quatre ans. Cela impose de s’acclimater rapidement, de créer des liens plus rapidement et d’accepter une certaine instabilité.

Flexibilité et ouverture

Cette expérience demande donc une grande flexibilité, tant sur le plan professionnel que personnel, mais elle permet aussi de développer une forte capacité d’adaptation et une ouverture culturelle précieuse pour la suite du parcours.

L’expatriation est-elle financièrement valorisante ?

Tout dépend évidemment du pays dans lequel on est expatrié. En général, les conditions de travail et la rémunération sont intéressantes, car les packages proposés incluent souvent : le logement, les billets d’avion, d’autres avantages (assurance santé internationale, scolarité des enfants, etc.). L’expatriation spa peut donc être financièrement valorisante, mais il est essentiel de négocier le package qui correspond le mieux à vos besoins et à votre situation. Tous les packages ne se valent pas, et certains éléments peuvent faire une grande différence dans votre qualité de vie sur place. Il faut bien étudier l’ensemble des conditions avant de vous engager.

APPORTS PROFESSIONNELS DE L’EXPATRIATION

Qu’est-ce que cette expérience internationale vous a apporté professionnellement ?

Vivre à l’étranger a été pour moi une expérience en or, marquée par de très belles rencontres, une grande ouverture d’esprit et un enrichissement constant en termes de connaissances, tant personnelles que professionnelles. J’ai profondément apprécié mes vingt-deux années passées à l’étranger, qui ont largement contribué à façonner la personne et la professionnelle que je suis aujourd’hui.

La richesse de la diversité culturelle

Travailler au contact de cultures diverses m’a énormément fait évoluer. Chaque pays, chaque équipe apporte une vision différente du travail et du management, et l’on apprend à en retenir le meilleur. Cette diversité culturelle est une véritable source de richesse et de progression. Par exemple, l’Asie m’a appris à être plus patiente, une qualité essentielle et une véritable règle d’or dans le management. Cette approche m’a permis de développer un leadership plus posé, plus à l’écoute et mieux adapté aux équipes multiculturelles, tout en favorisant un climat de travail plus serein et efficace.

CONSEILS AUX SPA MANAGERS

Si vous deviez donner trois conseils essentiels à une spa manager française qui envisage de s’expatrier, quels seraient-ils ?

Conseil n°1 : faites preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité culturelle

Chaque pays a ses codes, ses habitudes et sa manière de travailler. Il est essentiel d’observer, d’écouter et de comprendre avant de vouloir imposer vos propres méthodes. L’adaptation culturelle est une clé majeure de réussite à l’international.

Conseil n°2 : soyez flexible et capable de vous adapter rapidement

L’expatriation implique des changements fréquents, tant professionnels que personnels. Les environnements évoluent vite, les équipes changent et les attentes peuvent être très différentes. Savoir vous adapter, ajuster votre management et rester agile est indispensable.

Conseil n°3 : n’imposez rien, votre culture n’est pas meilleure que les autres et surtout… have fun !

C’est peut-être le conseil le plus important. Votre culture française n’est pas supérieure aux autres, elle est simplement différente. Il faut que vous acceptiez d’apprendre, de vous remettre en question, et surtout de profiter de cette expérience unique. L’expatriation doit rester un plaisir, une aventure enrichissante. Si vous perdez cet état d’esprit, vous passez à côté de l’essentiel.

À retenir

Stéphanie Arveux incarne la réussite d’une carrière internationale construite avec patience, humilité et ouverture d’esprit. Son parcours témoigne qu’une expatriation réussie ne repose pas uniquement sur les compétences techniques, mais avant tout sur la capacité à s’adapter, à écouter et à apprendre des cultures rencontrées. Le message de Stéphanie Arveux est clair : l’international transforme profondément, tant professionnellement que personnellement. Mais pour en profiter pleinement, il faut accepter de ne rien imposer, de rester curieux et, surtout, de prendre du plaisir dans cette aventure humaine exceptionnelle.