Par Florence KOWALSKI, spécialiste stratégie et rédaction de contenus, copywriting, storytelling pour les hôteliers indépendants et les professionnels du bien-être.

Longtemps perçue comme extrême, voire marginale, la thérapie par le froid s’impose aujourd’hui comme un pilier incontournable du bien-être moderne.

Boost d’énergie, récupération musculaire, meilleure gestion du stress, amélioration du sommeil… Les bénéfices sont réels, bien documentés, et de plus en plus recherchés par une clientèle en quête de performance personnelle ou sportive et de vitalité sur le long terme.

Lucas Magne

Lucas Magne

Mais cette évolution n’est pas qu’un phénomène client : elle bouscule aussi les repères des professionnels du spa. Et si le froid devenait une nouvelle façon de structurer un parcours spa ?
Une approche globale, durable… et surtout rentable ?

Pour comprendre ce que ces nouvelles technologies peuvent apporter à l’expérience client comme à la performance économique des établissements, j’ai échangé avec Lucas Magne, fondateur d’Attitude, expert en équipements bien-être et développement de solutions innovantes pour les spas et lieux de soins. Avec lui, faisons le point sur ce virage stratégique, sur ce qui relève du gadget ou de l’innovation de fond, et sur les tendances à ne pas manquer.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et nous expliquer comment vous en êtes venu à vous intéresser aux bienfaits du froid sur le corps et l’esprit ?

Ancien joueur de rugby, je m’intéressais déjà, il y a plusieurs années, à la récupération par le froid. À l’époque, nous utilisions des méthodes rudimentaires, comme de simples poubelles remplies d’eau et de glace, ainsi que d’autres techniques destinées à accélérer la récupération.
Par la suite, dans mes fonctions de directeur commercial d’une société spécialisée dans la fabrication de cabines de cryothérapie corps entier, j’ai animé un réseau international. C’est notamment lors de mes voyages aux États-Unis, pays toujours en avance sur les tendances, que j’ai découvert les spas 2.0, les nouveaux modèles de fitness et bien d’autres innovations.
Fort de ces expériences, j’ai décidé, en octobre 2022, de créer ma propre société avec une ambition claire : apporter une vision nouvelle de la récupération par le froid et intégrer des technologies innovantes capables de transformer durablement les pratiques de bien-être et de longévité.

On parle de plus en plus de thérapie par le froid ces dernières années, notamment en spa. Pourquoi cet intérêt quasi «soudain» pour ce sujet ?

Cet intérêt pour le froid, nous le devons d’abord aux sportifs de haut niveau, qui l’intègrent quotidiennement dans leurs protocoles de récupération. Mais il est surtout porté par Wim Hof, qui a su démocratiser et médiatiser cette pratique en mettant en lumière ses bienfaits remarquables, aujourd’hui largement prouvés scientifiquement.
Le rapport au froid constitue un puissant stimulus à la fois mental et physique, accessible à tous. Il peut être pratiqué au quotidien, de manière autonome ou au sein de centres spécialisés qui en ont fait leur expertise.

Le rapport au froid est un puissant stimulus mental et physique, accessible à tous

Peut-on dire que les soins basés sur le froid participent aujourd’hui d’une vraie approche holistique du bien-être ? Quels sont leurs apports spécifiques ?

Il s’agit d’une véritable approche holistique du bien-être, qui vise, dans une société toujours plus dynamique, à optimiser notre santé en agissant sur des biomarqueurs clés, tels que l’inflammation, le cortisol, le sommeil et le rééquilibrage du métabolisme.
Le froid, sous ses différentes formes (cryothérapie corps entier, bain froid, etc.), permet d’avoir un impact direct sur ces paramètres. Ses applications vont même au-delà, notamment dans le domaine de l’esthétique, avec la cryolipolyse (destruction ciblée des cellules adipeuses) ou le cryofacial (raffermissement de la peau), offrant des résultats visibles et immédiats.

Quels sont les bénéfices physiologiques et psychologiques les mieux documentés aujourd’hui en lien avec les technologies du froid ?

Les bénéfices du froid sont multiples et scientifiquement établis, selon les technologies utilisées et les objectifs recherchés. Je pense que c’est intéressant de se pencher dessus, ne serait-ce que pour pouvoir donner des réponses concrètes aux clients qui le demanderaient ou pour démontrer à un directeur général d’hôtel ou de spa qui hésite à investir que ce n’est pas un phénomène de mode sans fondement.
J’ai donc souhaité résumer, à partir des nombreuses études existantes, les résultats les plus probants pour chaque technologie et application.

Sport et récupération

Récupération musculaire : les bains froids (CWI), la cryothérapie corps entier (WBC) et l’alternance chaud/froid (CWT) sont parmi les approches les plus étudiées.
Une méta-analyse de 2023 portant sur 52 études montre que l’immersion en eau froide après l’effort est efficace pour réduire la douleur musculaire et accélérer le retour de force.

Comparaison des méthodes : une revue de 2024 conclut que le chaud/froid (CWT) est particulièrement efficace pour réduire la créatine kinase (marqueur de dommage musculaire), tandis que la WBC améliore davantage la douleur et la récupération neuromusculaire.

Inflammation : une méta-analyse de 2025 révèle que des expositions répétées en cryothérapie modifient favorablement le profil inflammatoire (diminution de l’IL-1 et augmentation de l’IL-10).

Sommeil : des essais croisés de 2024 chez des athlètes ont montré qu’une séance de WBC réalisée le soir pouvait améliorer la qualité du sommeil sur quelques jours.

Système nerveux : une méta-analyse de 2024 indique que WBC et CWI augmentent l’activité parasympathique (HRV), signe d’une meilleure récupération.

Longévité et métabolisme

Activation du tissu adipeux brun (BAT) : deux méta-analyses (2022 et 2024) montrent que l’exposition au froid augmente l’activité du BAT et la dépense énergétique, tout en améliorant certains paramètres du glucose et des lipides.

Métabolisme cellulaire : une étude métabolomique de 2023 a mis en évidence une augmentation des métabolites de la voie NAD, impliquée dans le vieillissement cellulaire.

Inflammation systémique : une cohorte de 2024 exposée à la cryothérapie corps entier a montré une baisse significative de la CRP ultrasensible (hs-CRP), biomarqueur d’inflammation.

Bien-être, psychologie et sommeil

Sommeil et humeur : une étude de 2024 chez des volontaires sains montre une amélioration du sommeil et du bien-être après 5 jours de WBC.

Neurochimie : une revue de 2024 suggère que le froid stimule les catécholamines et les endorphines, favorisant une meilleure humeur et une vigilance accrue.

Qualité de vie : des analyses en santé publique (2024) indiquent des effets positifs sur le stress et la qualité de vie, mais les études restent limitées.

Cerveau : en 2023, une étude par imagerie a montré que l’immersion tête hors de l’eau entraînait des changements de connectivité cérébrale associés à une amélioration de l’humeur.

Esthétique

Cryolipolyse (corps) : les données sont solides. Les études cliniques et revues systématiques montrent une réduction moyenne de 15 à 25 % de l’épaisseur de la graisse sous-cutanée après 2 à 3 séances, évaluée à 12 semaines.

Nous sommes donc sur une technologie qui concerne parfaitement les problématiques des clients spas de 2025, qui nous parlent de plus en plus de sommeil, gestion du stress, énergie, anti-âge, amincissement…

Justement, pourquoi pensez-vous que cette approche a pleinement sa place dans les spas ?

Le froid a toute sa place dans les spas, car ses usages sont multiples : optimisation de la récupération pour les sportifs, amélioration de la qualité de vie au quotidien ou encore applications esthétiques. C’est une approche polyvalente et particulièrement rentable. Les spas peuvent l’intégrer aussi bien dans le cadre de cures que comme une expérience ponctuelle pour leurs clients. L’effet est immédiat, l’expérience unique, et cela favorise à la fois la fidélisation et la vente de prestations complémentaires.

Quels sont les modèles économiques ou d’usage qui fonctionnent ?

Selon mon expérience, les modèles qui connaissent le plus fort succès sont ceux qui proposent une expérience client complète, structurée en véritables circuits. Ces protocoles stimulent l’organisme dans sa globalité, aussi bien sur le plan physiologique que psychologique. Même si le client ressentira vraiment des bénéfices avec une séance unique, l’idéal est bien entendu de proposer des cures pour des effets durables. Et le fait qu’on ait des effets dès la première séance facilite la vente de cures par rapport à d’autres traitements qu’on peut trouver en spa. Financièrement, on crée donc un repeat business stratégique en termes de rentabilité.

Si un spa veut intégrer un “parcours froid”, par quoi faut-il commencer concrètement ?

À mon sens, si un parcours froid doit être intégré aujourd’hui, trois technologies se distinguent clairement par leur rentabilité et leur simplicité d’utilisation (autant pour les opérateurs que pour les clients) :

Cryothérapie corps entier électrique : c’est aujourd’hui la solution la plus sécurisée (100 % électrique, sans aucun risque d’incident). La tête étant incluse dans la cabine, les résultats sont renforcés. Véritable expérience client unique, elle représente un puissant outil d’attractivité. Avec des passages toutes les quinze minutes, elle permet d’accueillir un grand nombre de clients par jour, tout en offrant des résultats immédiats sur le sommeil, le bien-être global et la réduction du stress.

Cryolipolyse : une technologie de perte de poids dite «passive», qui réduit l’épaisseur de la graisse sous-cutanée jusqu’à 25 %. Chaque séance dure environ quarante-cinq minutes et combine forte rentabilité et fort potentiel de développement grâce à une demande croissante dans le domaine esthétique.

Le bain froid arrive généralement dans un second temps lorsqu’il est proposé seul, car il requiert une véritable préparation mentale et ne convient pas à tous les profils de clients. En revanche, il s’intègre beaucoup plus facilement dans une approche de thérapie par contraste, où l’alternance chaud/froid rend l’expérience plus accessible et mieux acceptée. Il s’adresse généralement à une population avertie. Par exemple, la clientèle américaine en est particulièrement friande, tout comme les sportifs et les biohackers. Vous pouvez ainsi associer un sauna infra-rouge par exemple avec un bain froid.

Y a-t-il des précautions particulières à prendre sur le plan médical ou réglementaire ? Quel encadrement faut-il prévoir pour ce type d’expérience ?

En effet, il est essentiel de prendre en compte le cadre réglementaire. Il n’est en aucun cas possible de communiquer ou de traiter avec des termes médicaux, ceux-ci étant exclusivement réservés aux médecins, kinésithérapeutes et professionnels de santé. La communication doit donc se concentrer sur des notions telles que le bien-être, la performance physique, la récupération ou encore la qualité de vie.
Je recommande également de suivre une formation approfondie pour la cryothérapie corps entier et la cryolipolyse.

Ces formations abordent en détail les contre-indications relatives et absolues, et expliquent dans quels cas il est nécessaire de demander un avis médical. Elles permettent également d’apprendre à mettre en place des questionnaires de santé afin d’identifier les contre-indications et d’accompagner chaque client de la manière la plus sûre et sécurisée possible.

En comparaison avec les installations thermales traditionnelles (sauna, hammam, Jacuzzi), pourquoi dit-on souvent que les technologies froides sont plus “rentables” ?

Elles sont généralement plus rentables, car elles ne sont pas incluses dans l’accès classique (sauna, hammam, Jacuzzi), mais proposées comme prestations supplémentaires. De plus, ces pratiques sont plus spécifiques, nécessitent un léger accompagnement et ne peuvent accueillir qu’un nombre limité de personnes en même temps.
Cela renforce leur valeur perçue par le client, qui retrouve pleinement satisfaction grâce aux résultats obtenus après la séance.

Vous observez les tendances du secteur au quotidien. Quelles seront les grandes innovations en matière d’équipements froids dans les années à venir ?

Une innovation que nous développons actuellement sur le marché français pourrait, à mon sens, redéfinir totalement l’expérience du bain froid. L’approche se veut plus simple, plus accessible et beaucoup moins contraignante en termes de gestion de l’eau. L’idée : proposer une séance de bain froid à 5-6 °C, sans être mouillé !
Nous commençons juste à le déployer. L’intérêt est de pouvoir aller chercher une clientèle plus large et notamment celle qui est un peu réticente à se mettre dans l’eau.
La seconde innovation qui, à mon avis, ne saurait tarder sur ce marché, concerne l’utilisation autonome de la cryothérapie corps entier à -110 °C. Grâce à des systèmes de sécurité intégrés (gestion des entrées et sorties, logiciels personnalisant la séance selon la physiologie de l’utilisateur…), il deviendra alors possible de réaliser une séance seul, en toute sécurité. Après tout, si l’on est capable de faire un sauna à 100 °C en autonomie, pourquoi ne pas vivre une expérience de cryothérapie à -110 °C de la même manière ? Et là, en termes de rentabilité, on supprime encore un peu de temps de prise en charge par une personne du spa, donc on améliore encore son coût de revient.

Pour conclure : si vous deviez convaincre un spa manager frileux (sans mauvais jeu de mot !) d’ajouter du froid dans sa carte, que lui diriez-vous ?

Faites l’expérience pour en ressentir les bienfaits. Je suis convaincu que votre vision changera !

Le froid a toute sa place dans les spas, car ses usages sont multiples

Pour aller plus loin

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