Par Florence KOWALSKI, spécialiste stratégie et rédaction de contenus, copywriting, storytelling pour les hôteliers indépendants et les professionnels du bien-être.

Et si les spas, lieux de soin du corps mais aussi de l’âme (le vœu de tous les professionnels qui ont une vision holistique du bien-être !), devenaient des refuges contre la solitude ? Peut-être une nouvelle idée de positionnement à creuser pour le bien de vos clients… mais aussi de votre chiffre d’affaires.

Derrière les rides, le dos douloureux ou les tensions musculaires qu’on vient confier à une spa praticienne, il y a parfois autre chose que les clients confient avec plus ou moins de pudeur. Ça peut être le vide des enfants qui ont quitté le nid familial, un isolement géographique, un manque de lien social depuis la retraite, un travail en distanciel qui prive de tout contact humain parfois, pendant une journée complète…

La solitude : un enjeu de santé publique (et de business)

L’Organisation Mondiale de la Santé parle désormais d’une « épidémie de solitude ». Aux États-Unis, une étude de Harvard révèle qu’un adulte sur trois se sent seul de façon chronique. En France, le Crédoc alerte sur le même phénomène et insiste sur le fait qu’il touche autant les seniors que les actifs.

Télétravail, isolement social, logement en zone rurale mal desservie par les transports en commun, charge mentale accrue… Et peu d’espaces pour vraiment se sentir écouté, échanger et interagir avec les autres. C’est précisément là que les spas peuvent jouer un rôle stratégique : d’une part en proposant des soins, d’autre part en créant des expériences de reconnexion aux autres.

Le spa, espace de reconnexion à soi…

À l’origine, le spa est un lieu de calme et d’introspection. On y vient d’abord pour son bien-être physique (ex : un massage relaxant ou énergisant selon son besoin) ou pour se sentir mieux dans sa peau (ex : un soin du visage). Ces moments sont aussi l’occasion de se détendre, de ne penser à rien, de laisser son esprit vagabonder, voire de descendre un peu en soi.

Mais, aujourd’hui, une partie de la clientèle vient chercher autre chose : un cadre confortable et reposant, sorte de safe place, pour sortir de l’isolement sans devoir s’exposer via :
– des applications de rencontres amoureuses ou amicales,
– des sorties au restaurant bruyantes où on se montre plus qu’on ne communique,
– des soirées de réseautage professionnel où l’objectif est d’entrer en contact avec un maximum de personnes sans vraiment se soucier des affinités…

…mais aussi espace de reconnexion aux autres

Dans ce contexte, le spa peut devenir ce lieu où on connecte mais sans forcer, juste parce qu’à la base, on partage la même envie de prendre soin de soi, de se faire du bien, mettre en pause le rythme effréné de la journée… Parions également que le fait que pour les clients, se retrouver toutes et tous dans la même tenue, sans « apparat » vestimentaire, facilite grandement les interactions.

Les soins anti-solitude : une nouvelle mission du spa ?

De nouvelles prestations simples à proposer

Vous pouvez imaginer différents formats de prestations pour développer une offre « anti-solitude ». Voici quelques exemples :

Des soins duo « non romantiques » à prévoir entre ami(e)s, entre mère et fille, père et fils, pourquoi pas aidant(e)-aidé(e)… Bien sûr, ces soins existent déjà mais aujourd’hui, quand on pense «duo» on pense immédiatement «couple». C’est le moment de rappeler que ce n’est pas obligatoirement le cas et que les cabines doubles ne sont pas réservées qu’à des traitements pour les amoureux.

Des ateliers ou mini-retraites collectives mêlant soins, respiration et cercle de parole à organiser avec un coach bien-être spécialisé dans ce domaine. Vous mettrez à sa disposition les infrastructures et une collation, vous assurerez en commun la commercialisation de l’atelier et vous encaissez le chiffre d’affaires correspondant en reversant un pourcentage à l’intervenant.

Cette formule est souvent la plus simple pour commencer car si les premières séances ne sont pas complètes, vous ne commencez pas en étant déficitaire. Et côté intervenant, c’est une motivation à remplir l’atelier puisque plus il y a de monde, plus sa rémunération sera élevée.

Des espaces lounge conviviaux, propices à la discussion après un soin, à agencer de façon à faciliter une prise de contact anodine ou informelles (ex : partage d’un avis sur un thé qu’on vient de servir ou sur le soin qu’on vient de recevoir, mise en évidence sur une table basse centrale de testeurs à essayer en commun…).

Des ateliers d’auto-massages croisés, yoga du visage guidé en symétrie, méditation en binôme : tous ces moments peuvent être conçus en mode duo pour une véritable expérience de partage.

Vous pouvez également imaginer des ateliers qui nécessitent d’être en binômes pour réaliser quelque chose (atelier bougies, parfums, bijoux…) où les personnes viendront seules en sachant qu’on leur attribuera un(e) partenaire de création sur place. L’idée n’est pas de transformer le spa en club social, mais de normaliser le fait de venir seul(e), tout en offrant des options pour se reconnecter doucement aux autres.

Un levier rentable (et valorisant pour les équipes)

Ce genre de positionnement et/ou offre n’est pas encore très répandu chez nous à ce jour. L’idée peut donc sembler un peu « exotique ». Et pourtant, au-delà du fait que la solitude sera un enjeu de plus en plus essentiel au fil des année, ces offres permettent de :

fidéliser autrement : faire la démarche d’aller prendre soin de soi seul(e) n’est pas forcément aisé. Donc quand elles sont bien accueillies dans un endroit, sans jugement, les personnes seules sont plutôt fidèles au lieu qu’elles ont testé et approuvé,

augmenter le panier moyen : un soin partagé, une mini-retraite, un moment à deux… génèrent deux ventes au lieu d’une (puisqu’il y a deux personnes, voire plus) et une valeur perçue bien plus forte qu’un simple soin solo (essentiel en termes de perception client),

améliorer l’expérience des spa praticiennes : ces soins en duo ou à deux voix apportent plus de variété et permettent de casser la routine des soins enchaînés. Sans compter que lorsqu’un échange de cette nature s’établit, les équipes (surtout si elles ont une vision holistique du bien-être) se sentent plus utiles, plus en lien avec ce qui les a amenées à ce métier dans 90 % des cas.

Vers une nouvelle mission du spa ?

Il suffit de tourner les yeux vers l’international et notamment vers les États-Unis : le « social wellness » est en plein essor. En intégrant cette dimension dans leurs cartes de soins, les spas deviennent plus qu’un lieu de beauté ou de détente : ils répondent à un vrai besoin sociétal qui ne fera que grossir au cours des prochaines années.

Créer des protocoles anti-solitude, ce n’est pas « faire du social » (sans mauvais jeu de mots). C’est ajouter une dimension globale de recherche de sens qui viendra nourrir celle de vos clients. D’ailleurs, pour celles et ceux en recherche de bien-être holistique, ça pourrait devenir un puissant facteur de différenciation.

L’idée n’est pas de transformer le spa en club social, mais de proposer des options pour se reconnecter doucement aux autres