Par Colette AUDEBERT, Consulting Pilates & Wellness 2.0.

L’expatriation transforme professionnellement et personnellement, mais elle exige humilité, adaptabilité et une vraie préparation. Ce n’est ni un parcours tout tracé ni une fuite, c’est un choix d’évolution qui demande de savoir se remettre en question en permanence. Charlotte Ginolin a passé dix dans des spas de luxe à l’international. Aujourd’hui, au Four Seasons Hôtel de Megève, elle vous livre tous ses conseils.

Si vous deviez donner trois conseils essentiels à une spa manager française qui envisage de s’expatrier, quels seraient-ils ?

Conseil n°1 : Peaufinez votre anglais

Pas d’expatriation à l’international si on n’a pas un anglais vraiment fluide, quasi bilingue. Sinon, c’est beaucoup trop compliqué. S’il faut en plus prendre des cours d’anglais pendant qu’on s’adapte à son nouvel environnement, c’est ingérable.
C’est quelque chose à faire vraiment en amont. Si vous pouvez faire une immersion, un échange de six mois où vous partez en Angleterre, au Canada, en Australie – peu importe, même pour faire autre chose que du spa – juste pour apprendre l’anglais en immersion totale et revenir avec une certaine confiance, c’est primordial.
C’est ce que je recommande à toutes mes équipes qui me posent cette question : « Si vous avez une vision internationale, avant de parler de quoi que ce soit d’autre, où en est votre anglais ? ».

Conseil n°2 : Développez votre réseau et rejoignez un grand groupe

Entrez dans un grand groupe parce que c’est plus facile de passer d’un établissement à l’autre si vous êtes au sein d’un groupe qui a des établissements à l’international.
C’est plus difficile de postuler en étant française à l’international sur un groupe qui ne vous connaît pas. Ils feront toujours passer en priorité les transferts en interne parce que quelqu’un qui a déjà la connaissance des standards, des protocoles, de la structure interne qui s’applique à tous les établissements, c’est un atout énorme.
Si vous travaillez pour un groupe, regardez s’il y a des établissements à l’international. C’est super important.

« Si vous avez une vision internationale, avant tout, où en est votre anglais ? »

Conseil n°3 : Informez-vous sur le pays d’expatriation

Ça peut paraître très joli sur le papier, la vie d’expatriée envoie du rêve. Le salaire, le logement, parfois le chauffeur, très bien. Mais quels sont les filets de sécurité quand ça ne se passe pas bien ?
Je pense à mon expérience au Jumeirah de Bali en 2020. Nous avons fait un an de pré-opening, et les propriétaires nous remercient gentiment, nous montrent l’aéroport en disant qu’ils ne vont rien nous payer pour rentrer. On avait signé des contrats de deux ans, on était arrivés avec un container, et là on nous a jetés comme des malpropres ! Compliqué.

– Tout prendre en compte : regardez la prévoyance santé, s’il y a du rapatriement. Moi, j’ai dû quitter les Seychelles car j’avais attrapé une maladie tropicale. Il a fallu me rapatrier à Paris au centre des maladies tropicales et infectieuses. Si vous êtes aux Seychelles avec une infection et que vous arrivez dans un hôpital qui ressemble à un hôpital des années 70, c’est un peu stressant.

– Il faut tout anticiper : du point de vue médical, renseignez-vous sur le pays en lui-même. Moi, je ne m’attendais pas à ce que les Seychelles soient aussi petites, en deux heures on fait le tour de l’île. J’avais une vision un peu plus grande parce que je ne m’étais pas assez renseignée.

– Renseignez-vous vraiment bien avant de signer le contrat, posez toutes les questions, décortiquez tout pour que ce soit une réussite. Et surtout : quand les choses ne se passent pas au mieux, est-ce que tout est prévu en conséquence pour ne pas vous retrouver dans des situations difficiles à l’autre bout du monde, où vous n’avez pas le même soutien que dans votre pays d’origine ?

Conseils aux spa managers qui rêvent d'international

Les compétences nécessaires pour réussir

– Un état d’esprit dans le lâcher-prise. Il faut vous forger avant le départ en vous disant que les choses vont être différentes.

– Je l’ai constaté dans un resort à l’international avec des personnes qui viennent d’autres pays : on voit celles qui s’adaptent, celles qui ne s’adaptent pas, celles qui se sentent frustrées, qui s’énervent, qui vont à contre-courant, qui veulent imposer leur vision, leurs prix partout. Ça ne passe pas.

– Il faut vraiment honorer l’environnement, les personnes qui sont autour de vous, les comprendre, les respecter. Prenez le temps pour l’observation, prenez le temps de comprendre, posez des questions, et n’ayez pas peur de ne pas avoir les réponses et de vous retrouver « bête ».

Pour moi, travailler à l’international, c’est un exercice de vulnérabilité total, où il faut parfois désapprendre ce qu’on a appris, réapprendre quelque chose de totalement nouveau pour s’adapter et survivre.
Le but du jeu, c’est quand même que vous trouviez du plaisir dans ce que vous faites, de découvrir. Et puis, ce sentiment de plénitude, d’accomplissement, de vous dire : « Oh là là, on y est arrivé, c’était pas facile mais, là, vous pouvez mettre les projets en place » parce que vous avez remonté un spa financièrement, l’avez remis sur pied, ou apporté quelque chose de nouveau.

Les phases d’adaptation

Quand vous arrivez quelque part, la première phase est l’observation. Vous posez des questions, vous êtes vraiment en mode vulnérable.
La compétence principale pour aller à l’étranger, c’est savoir mettre votre ego de côté. Sinon ça ne fonctionne pas. Il ne faut pas le faire si vous n’êtes pas prêt à ça. C’est un gros travail sur vous-même.
On apprend beaucoup, beaucoup, beaucoup sur soi-même pendant ces expériences. Si vous allez à contre-courant, de toute façon, les autres personnes se chargeront de vous apporter un miroir. Au bout d’un moment, si vous voulez avancer, vous êtes obligé de vous regarder vraiment en face, de comprendre, d’avancer et de vous remettre en question.
Tout le monde n’est pas capable de le faire. Si vous savez gérer un spa en France, vous saurez le gérer à l’étranger. Tant que vous savez vous s’adapter, que vous vous posez des questions, le temps de vous habituer à un nouvel environnement, de comprendre la vision globale de là où vous vous situez, de comprendre la culture…

Passez du temps avec les bonnes personnes

Passez du temps avec les personnes clés pour vous faire avancer : les ressources humaines. Renseignez-vous sur les lois du travail ici, comme on le ferait en France.
Passez du temps avec vos équipes : lorsque j’arrive dans une équipe, je passe du temps, je veux les connaître, je veux comprendre la vision de développement de chacune, comprendre chaque personne de l’équipe. Dans une équipe multiculturelle ou monoculturelle, dans tous les cas, il va falloir les comprendre pour pouvoir vous adapter, pour pouvoir driver cette équipe.

Intéressez-vous

Écoutez, soyez à l’écoute, posez des questions. Il faut savoir faire ça parce que parfois vous arrivez en pensant tout savoir. Moi, je l’ai fait, j’ai fait ces erreurs en arrivant en disant : « Oh là là, ça ne va pas, oh là là l’hygiène ici, on ne peut pas faire ça », « Mais qu’est-ce qui se passe ici ? ».
Dans un premier temps, vous ne pouvez pas changer les choses tant que vous ne vous êtes pas imprégné de votre environnement, de votre équipe, que vous avez écouté, que vous avez posé des questions. Ensuite, vous pouvez agir. Sinon, c’est la catastrophe.
Il vaut mieux vraiment que vous preniez le temps pour ensuite agir avec précision et que ce soit efficace. Comme vous le feriez d’ailleurs en France : si vous arrivez dans un spa nouveau en France, vous feriez la même chose. Il y a un moment d’observation où vous ne pouvez pas changer pas les choses tant que vous n’avez pas la vision globale de votre nouvel environnement.
Tout est décuplé à l’étranger parce qu’il y a beaucoup plus de choses à prendre en compte.

Conseils aux spa managers qui rêvent d'international

L’esprit de gratitude

Ayez cet esprit ouvert : vous êtes dans un endroit fantastique ! Mon bureau aux Seychelles était en haut d’une colline avec vue sur une baie. On ne peut pas aller au boulot en faisant la tête, ce n’est pas possible.
C’est aussi vous recentrer et avoir beaucoup de gratitude pour là où vous êtes, pour les personnes autour de vous, pour la beauté autour de vous. Généralement, on travaille dans des endroits assez fabuleux. C’est une expérience assez exceptionnelle, il faut en avoir conscience.
Mais pour que ça se passe bien, il faut que vous soyez prêt à vous rencontrer d’une autre manière : vous-même, vos équipes, un nouveau pays, avec un esprit et les bras ouverts, et vraiment le cœur ouvert.

La rémunération et les conditions

L’expatriation est-elle financièrement valorisante ?

Clairement, l’expatriation est intéressante financièrement. Mais il faut bien vous préparer en amont, comprendre le coût de la vie du pays dans lequel vous vous expatriez pour éviter les surprises. Bien sûr, négociez le salaire en conséquence, prenez bien en compte tous les termes du contrat :

– l’habitation,
– l’assurance maladie (surtout quand on s’expatrie en famille),
– l’éducation des enfants : est-ce que c’est pris en charge ?

Je connais certaines familles qui ont eu des surprises. L’entreprise ne prenait pas en charge l’éducation des enfants. Il y avait 5 000$ à payer par an minimum pour l’éducation des enfants, et ça n’avait pas été négocié dans le contrat. Vraiment, vraiment, informez-vous sur le pays.

Sortir du système français

Financièrement, oui, c’est clairement plus intéressant. En sortant du système français : vous n’avez plus la Sécurité sociale française (vous prenez la Sécurité sociale des Français de l’étranger pour votre retour), plus d’impôts français.

Les taxes locales

Les salaires à l’étranger sont plus élevés, pas d’impôts dans certains pays, mais il y a quand même des taxes, des choses à prendre en compte. On peut avoir des mauvaises surprises et se retrouver à se dire : « Finalement, ça n’est pas aussi intéressant que je pensais ». Après, il y a toujours la décision de ne pas y aller pour la rémunération mais pour l’expérience. Ça dépend de la condition de chacun, du statut : on y va tout seul, à deux, en famille ?

La question du conjoint

Est-ce que le conjoint a lui aussi un travail ou est-ce qu’il cherche sur place ? Mon conjoint cherchait sur place et n’a jamais trouvé. Il faut tout anticiper parce qu’on ne sait pas ce qu’il va se passer.
Il y a aussi les conjoints qui travaillent dans le même établissement – ce n’est pas forcément facile en couple de travailler dans le même établissement.

Renseignez-vous auprès d’autres expatriés

C’est toujours intéressant de trouver des personnes qui ont travaillé avant pour poser des questions. LinkedIn est très facile pour ça.
Parfois, je demandais pendant les entretiens aux ressources humaines de me mettre en contact avec quelqu’un de ma nationalité. Il y a toujours des Français sur les établissements Four Seasons. C’est rassurant de parler à quelqu’un dans sa langue et poser toutes les questions qu’on n’ose peut-être pas poser aux RH, d’avoir un retour honnête et franc de quelqu’un de notre propre pays et qui peut partager son expérience.

L’expatriation dans le spa : un rêve accessible, mais qui se prépare

Pour celles qui rêvent de suivre les pas de Charlotte Ginolin : préparez votre anglais, rejoignez un grand groupe hôtelier, renseignez-vous en profondeur sur votre destination et, surtout, partez avec le cœur et l’esprit ouverts.

Aux Seychelles, mon bureau était en haut d’une colline avec vue sur une baie