Par Florence KOWALSKI, spécialiste stratégie et rédaction de contenus, copywriting, storytelling pour les hôteliers indépendants et les professionnels du bien-être. Créer une offre spa dans un lieu reculé, loin de tout, c’est faire un pari audacieux et il faut en plus inventer une logistique, concevoir une carte cohérente, attirer une clientèle sans flux touristique immédiat, et réussir à rentabiliser une structure qui, par essence, fonctionne en autonomie. Au Domaine Spalazen Nature, niché au cœur de la Corrèze, Jean-Marie Bouyer a relevé le défi. Il partage avec nous les clés d’un spa « au milieu de nulle part » : un modèle inspirant pour tous ceux qui souhaitent allier cadre de vie et retour aux sources mais dont la rentabilité nécessite rigueur économique et créativité. Jean-Marie, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment est né le projet du Domaine Spalazen Nature ? Après un parcours d’une vingtaine d’années comme cadre dans l’industrie et dans le bâtiment, j’ai souhaité découvrir une nouvelle activité, une nouvelle façon de vivre et de construire autre chose. Je me suis donné les moyens et j’ai bénéficié d’une formation de Responsable d’Établissement Touristique pour conforter et planifier mon choix (étude de marché, chiffrage, immatriculation société). La base de ce projet est la création de cinq hébergements haut de gamme, en lisière de forêt, et pouvant accueillir les familles en vacances scolaires. C’est donc une véritable reconversion professionnelle au service d’une activité de cœur, dans un cadre nature, un projet dont rêvent de nombreuses personnes sans oser passer à l’action. Pourquoi avoir choisi de développer une activité spa dans un endroit aussi reculé ? Au fils des saisons, nous avons accueilli de plus en plus de couples souhaitant profiter au maximum du lieu, du calme et de la nature omniprésente. Ce qui faisait sens avec ma propre expérience quand j’étais salarié en entreprise. J’avais aussi besoin de quitter quelques heures, voire quelques jours, l’agitation du monde du travail, pour me poser dans une bulle bienveillante. La forêt est l’un de ces refuges, comme pourrait l’être la montagne ou la mer car la connexion à la nature et aux éléments naturels y est optimale. Et c’est la promesse du Domaine Spalazen Nature : une véritable déconnexion au milieu de nulle part dans un lieu avec tout le confort, une page de vie hors du temps en pleine forêt. « Nous constatons que les décideurs sont de plus en plus sensibles aux offres d’activités bienveillantes (yoga, méditation…) » Aujourd’hui, de quoi se compose votre offre spa ? Nous avons fait le choix, dès la création, d’installer un Jacuzzi sur la terrasse de chacun des cinq hébergements. L’espace sauna avec la tisanerie et la douche ont été construits en 2020, pour élargir notre gamme et répondre à un besoin de nos clients. Nous proposons aussi des soins du corps et du visage dans l’espace sauna ou directement dans le lodge des clients. Dans ce cas, la spa praticienne installe la table de soins dans le lodge et crée une ambiance cocooning qui renforce le sentiment des clients d’être « comme à la maison » tout en étant ailleurs. Quelle est votre marque partenaire ? Dès le départ, nous avons choisi de travailler avec la gamme de produits naturels issus des bienfaits du chêne La Chênaie pour le partage de valeurs communes. Nous avons trouvé chez ce partenaire des formules naturelles et respectueuses, une gestion durable des forêts, des emballages éco-conçus et recyclables mais aussi une fabrication française. Bref, des valeurs qui nous étaient très chères et sur lesquelles nous ne voulions pas transiger. Quelles sont vos différentes clientèles aujourd’hui et comment se répartissent-elles ? Notre clientèle est majoritairement issue des résidents du Domaine soit en séjour Bien-Être (formule nuitée, soins, sauna), soit en soin « coup de cœur » de dernière minute une fois sur place. Ce sont généralement des couples. La clientèle locale vient plus en semaine et pour passer une journée dans un lodge, avec notre formule Day Spa. Nous avons également une clientèle séminaires locale d’entreprises qui a envie de proposer à ses équipes de se rassembler hors des murs de l’entreprise, dans un environnement différent, qui permet souvent d’être plus créatif, plus inspiré. Dans ce cas, le spa, comme les bains de forêt ou les animations avec un apiculteur, font partie des activités à la carte. Nous proposons aussi des massages de courte durée type amma assis. Nous constatons que les décideurs sont de plus en plus sensibles aux offres d’activités bienveillantes (yoga, méditation…), bien loin de la compétition et de la mise en avant individuelle. Nous sommes également engagés dans une démarche RSE qui attire les entreprises. Quel rôle joue la nature environnante, en particulier la forêt, dans l’expérience de bien-être que vous proposez ? Respirer, ralentir, se reconnecter : les bienfaits de la forêt sont puissants et de mieux en mieux connus. La forêt n’offre pas seulement un cadre apaisant, elle agit profondément sur l’organisme. – De nombreuses études, notamment japonaises autour des bains de forêt (shirin-yoku) ont démontré ses effets physiologiques et émotionnels. – Une simple immersion de vingt minutes en milieu forestier permet de faire baisser le cortisol, d’abaisser la tension artérielle, de réduire l’anxiété mais aussi de stimuler le système immunitaire. – Marcher en forêt ralentit naturellement le rythme cardiaque, favorise la cohérence cardiaque et permet une meilleure oxygénation cellulaire. – Sur le plan cognitif, elle améliore la concentration, la créativité et contribue à réduire les ruminations mentales. – Enfin, l’exposition prolongée à la nature augmente significativement les taux de sérotonine, l’hormone de la bonne humeur. – En période de surcharge mentale ou d’épuisement sensoriel, la forêt devient ainsi une véritable « thérapeute silencieuse », particulièrement précieuse pour les équipes spa et leurs clients. Ce n’est pas moi qui le dis mais, encore une fois, les études en ce sens sont de plus en plus nombreuses. Mais elles sont encore trop peu connues (à mon goût !) du grand public, donc c’est important pour moi de vulgariser au maximum ce message. Comment intégrez-vous la nature dans le parcours client ? Au quotidien, nous composons avec l’environnement qui nous entoure, dès l’accueil des clients et l’accompagnement vers les lodges mais aussi avec le bain de forêts dans notre zone hamacs. Nous essayons de faire en sorte que chaque moment chez nous soit une opportunité de ressentir les bienfaits de la forêt car plus ce sera le cas, plus ils auront envie de revenir. D’ailleurs une cliente citadine nous a dit récemment : « Et si le vrai luxe, c’était l’espace, ce calme, cette atmosphère ressourçante ! ». C’est vraiment notre positionnement aujourd’hui. Comment êtes-vous organisé en termes d’équipe ? Est-ce que le fait d’être un peu plus isolé impacte vos coûts ou rend la recherche de praticiennes plus compliquée ? Le fait d’être situé à vingt kilomètres de Brive la Gaillarde et de Tulle occasionne des frais supplémentaires et du temps pour nos équipes en général, et nos praticiennes en particulier. Cela impacte de fait nos coûts de revient. Mais finalement, cette contrainte sélective (il faut avoir envie de faire ce déplacement), nous permet d’avoir une belle équipe de praticiennes, professionnelles et motivées pour exercer dans ce lieu aussi inspirant en toute saison. Et comme il y a une logistique spécifique (notamment pour l’installation des tables dans les lodges), nous avons une qualité de service constante. Qu’avez-vous mis en place en termes de communication ? Nous sommes présents et actifs sur les réseaux sociaux, une vitrine importante pour notre domaine. Même si notre communication évolue vers l’expérience bain de forêt, nous sommes bien entendu généralistes avec une offre complète d’hébergement, de restauration et de soins. Le fait de nous adresser à la fois des familles et des entreprises pour générer du chiffre d’affaires pendant toute l’année, en période de vacances scolaires mais également en dehors, nous oblige à avoir un discours assez global en termes d’offres. Par contre, les bienfaits de la forêt, et l’idée de la nature comme « thérapie et refuge » que nous mettons en avant, sont les mêmes pour tous. En termes de réseaux sociaux, nous sommes sur les réseaux traditionnels, mais récemment j’ai commencé à investir Linkedin via mon profil personnel pour renforcer notre discours d’authenticité, raconter notre histoire, expliquer la raison de ces valeurs et ainsi toucher de nouvelles cibles clients, des entreprises bien sûr, mais également des individuels qui ont envie de faire un break mais ne savent pas encore à quel point séjourner en forêt peut répondre à leur besoin. Avez-vous mis en place des partenariats ou des synergies locales pour faire vivre l’activité ? Nous avons une offre à destination des comités d’entreprise pour une escapade bien-être en journée. Cela met un peu de temps car il faut se faire connaître et la mettre en place mais c’est une visibilité vraiment intéressante pour nous. Vous avez désormais dix ans de recul sur la création du Domaine Spalazen Nature. Quels ont été les plus grands défis logistiques et opérationnels pour rendre ce spa viable ? Nous sommes constamment en évolution et en recherche de solutions simples pour notre clientèle sensible aux bienfaits d’un séjour en pleine nature. Nous proposons des expériences naturelles : massages en forêt, au coin du poêle bois ou avec un coucher de soleil sur la terrasse. Le plus grand défi logistique est que l’ambiance de la « cabine » que nous proposons fait deux hectares, changeant au fil des saisons avec un décor évolutif. Et bien entendu, l’autre défi est vraiment la localisation géographique qui ne nous permet pas vraiment d’accueillir des personnes de passage qui verraient notre enseigne et auraient envie de pousser la porte… L’éloignement rend les choses plus compliquées sur ce point mais notre environnement est également beaucoup moins concurrentiel. À nous de mettre en place les canaux de communication et de commercialisation adéquats. Et ça, c’est encore un travail de réglage de tous les jours. Quels conseils donneriez-vous à un porteur de projet qui rêve d’ouvrir un spa en pleine nature en 2026 ? Le premier conseil est d’être soi-même professionnel du bien-être et diplômé. Vous avez ainsi une connaissance préalable du métier qui vous fera gagner un temps précieux dès le départ (conception des plans, création du prévisionnel, définition des tarifs de soins…). Un deuxième conseil serait de vous implanter vraiment en pleine nature sans vis-à-vis, pour proposer une expérience totale, avant, pendant et après le soin. Oui, c’est un choix engagé mais si vous faites une promesse de déconnexion totale à votre client, vous devez aller jusqu’au bout. Les offres sont nombreuses aujourd’hui, donc vous devez avoir un positionnement clair. Enfin, surtout si « pleine nature » signifie « éloignement géographique des centres urbains » (ça peut être un concept dans un parc à cinq kilomètres d’une ville de taille moyenne et là, le problème ne sera pas le même), mettez en place dès le départ une bonne communication, notamment sur vos réseaux sociaux, et des partenariats solides fondés sur des valeurs communes. Vous en aurez besoin et, si vous vous engagez avec des personnes ou entreprises dont vous ne partagez pas la vision, vous risquez de devoir faire marche arrière et ça, c’est un vrai risque pour votre projet. « Notre environnement rend les choses plus compliquées, mais aussi moins concurrentielles »