Par David ROUSVOAL, Massothérapeute.

C’est un sujet plusieurs fois abordé. Je vais témoigner de mon expérience, sous un éclairage positif face à l’adversité que nous ressentons souvent : l’impression d’être sur le terrain des femmes.

David Rousvoal

David Rousvoal

Je tiens à préciser que je suis reconnaissant de tous les lieux où j’ai professé. Chaque expérience a sa part de joie et de déboires qui ont été des moteurs pour mon évolution. Je n’ai aucune rancœur et je tire parti du meilleur. J’apprends encore et encore, en contact avec les équipes avec qui je travaille.

Tout ce dont je témoigne est juste un rappel des points difficiles en tant qu’homme, sans aucune rancune, un constat qui, je pense, parlera à certains d’entre vous, et qui éclairera, je l’espère de tout mon cœur, les professionnels du métier pour permettre l’égalité des sexes dans notre passionnant métier.

Mes premiers pas

J’ai toujours massé et magnétisé depuis mon adolescence, je ne savais pas du tout que j’en ferais un métier.
En 2000, j’ai commencé le massage en club de sport, relaxation et détente à Paris, où j’ai rencontré mon formateur qui était kiné dans ce club, ainsi que dans d’autres établissements. Il m’a enseigné les massages de hammam, les gommages, les massages à l’alcool camphré, etc. Par la suite, j’ai été engagé comme masseur dans un institut avec un concept intimiste pour les hommes d’affaires. En parallèle, j’étais free-lance pour des hôtels parisiens.

L’hôtellerie

En spa hôtelier, tout est réglementé. La direction hôtelière donne ou non son aval au spa pour accueillir des praticiens hommes.

L’entretien surréaliste

J’ai souvenir d’un entretien dans un bel hôtel de Belle-Île-en-Mer, où la directrice de l’époque me dépeignait ses déboires avec des praticiens hommes. Elle fut évasive sur un problème lié à leur liberté d’agir hors des protocoles, ainsi qu’un problème lié à l’autorité, sans vraiment s’étendre sur le sujet. Elle m’affirmait que la vie insulaire n’était pas faite pour un « citadin parisien » et au fur et à mesure de la conversation, je me demandais si ce n’était pas sa vision des hommes qui interférait sur son avis professionnel. Je compris rapidement que j’avais fait le voyage pour rien. Seul mon CV avait retenu son attention, car j’étais diplômé en soins corps et visage d’une célèbre marque de mon précédent poste. Notre entrevue fut courtoise, je ne pensais pas une minute que l’homme dans un spa pouvait être problématique. Je n’avais, jusqu’ici, travaillé que dans de petites structures, où la parité se résumait à une esthéticienne et un homme masseur en institut pour des hommes d’affaires.

L’hôtel d’exception

Il y a des lieux propices à la promotion des hommes avec une répartition égalitaire des praticiennes et praticiens en cabine. Avec l’autorisation de la directrice, je cite la thalassothérapie de Deauville, qui est innovante dans ce changement et veut plus que tout la reconnaissance du travail de son personnel, quel que soit son genre. Dans cet établissement, il y a la parité des praticiens hommes et femmes. La direction est sans équivoque, et refuse de se priver de tous les talents avec un encouragement sans égal jusqu’ici dans mon parcours.

En spa intégratif, tout s’est bien passé… au début

J’avais été engagé pour ma spécialité de massothérapeute expérimenté dans un concept de spa intégratif très avant-garde, formidablement enthousiasmant. Nous étions une vingtaine de thérapeutes avec trois hommes, deux free-lances et moi, le seul employé d’un célèbre hôtel. J’occupais donc non officiellement la fonction de thérapeute principal, au vu de mes connaissances en phytothérapie et naturopathie. Tout s’est passé à merveille pendant dix mois, puis, à ma grande surprise, je me suis vu rétrogradé, lorsque l’hôtel et le chef de projet engagèrent une spécialiste talentueuse diplômée en médecine chinoise. Cette femme, d’une douceur infinie, m’apprit beaucoup. Seulement, un malaise et une confusion sur l’homme se firent ressentir sans aucune explication de la part de ma directrice de service. Il semble que mon approche d’homme était trop tranchante ou directe et qu’il était préférable qu’une femme aborde une clientèle au fort pouvoir d’achat pour conclure des programmes de cures.

L'avancée des praticiens hommes en spa

Mission : créer un soin signature

Par la suite, ma directrice, soucieuse de ma déception, eut la bonne idée de me confier un projet d’équipe pour le groupe hôtelier : la création d’un soin signature corps qui allait nous prendre huit mois de réalisation. La responsable en second du projet me donna carte blanche pour apporter une valeur ajoutée au soin signature afin qu’il sorte de l’ordinaire.
Au fur et à mesure des mois, je me rendis compte que la gestuelle freinait l’engouement de mes collègues esthéticiennes. J’argumentais sur le nombre de manœuvres importantes et sur les gestes de liaisons et de lissages superficiels qui ajoutaient de la lourdeur au protocole déjà dense. Je me disais que leur réaction était due à une difficulté liée au changement. Jusqu’à ce que la directrice du resort et du projet me fît comprendre que je prenais trop de place et que ce soin signature ne devait être qu’un simple protocole et non un soin d’exception comme je me l’étais projeté pour représenter tous les spas du groupe.
Ce fut un nouvel écueil.

La formation

Finalement, je fus démis de la mission de former tous les spas, sauf un, en Alsace. Grâce à l’insistance de ma directrice qui m’encourageait, j’obtins une mission de formation au soin signature corps dans un resort du groupe en Alsace et du spa en Normandie. Ce soin fut un succès avec des retours positifs sur la pratique et l’innovation qui représentait un challenge pour les praticiennes. Les retours clientèles étaient formidables.

Praticien homme = « problème »

Un peu plus tard, ma directrice me fit part de la difficulté à « vendre » un praticien homme à la réservation des soins. Quand on annonce que le soin sera réalisé par un homme, cela pose problème autant aux hommes qu’aux femmes : problème de culture religieuse ou sociale, ou tout simplement le fait d’être un homme avec le tabou de l’homosexualité… Le fait aussi, pour la réception, d’annoncer le praticien comme « un problème » supposé en interrogeant le client à sa réservation. Tous ces paramètres desservent et alourdissent une problématique de genre. Le cœur du problème au-delà du genre est bien que nous soyons sexualisés dans cette profession.

La promotion de l’homme en spa

Une directrice me suggéra de demander un retour client sur le Tripadvisor du spa pour crédibiliser l’expérience d’un thérapeute masculin. Tout fut accompli dans ce sens : gommer le malaise d’annoncer un homme à la réservation avec un discours flatteur sur la compétence. Puis j’ai été encouragé par mes responsables et mes collègues pour sortir de cette armure d’impeccabilité que je m’étais forgée pour être reconnu. Tout un processus qui m’a pris des années afin de ne plus soulever le problème d’être un homme parmi des femmes en spa. À aucun moment, je ne me suis senti victime, j’ai compris qu’il fallait faire des efforts pour sortir de cette injustice du genre. Encore aujourd’hui, en recherche de prestations sur la région du Calvados, j’essuie 80 % de refus en spa, plus qu’ailleurs en France. Sans aucun doute, il n’y a pas de formation d’accueil-réception pour communiquer avec neutralité sur le praticien homme en spa.

Le positionnement en soin

J’ai eu la chance de bénéficier de nombreux formateurs hommes et femmes qui m’ont donné des clés essentielles pour ne pas envahir l’espace de la clientèle :

– surveiller sa propre respiration pour épargner le client d’un souffle trop direct ou sonore,

– être enveloppant sans être intrusif. Définir des limites appropriées de postures adaptées afin qu’il n’y ait place à des frottements parasites,

– minimiser l’interaction verbale pour une immersion agréable (sauf si le client nous sollicite à le faire) ou alors être précis et concis lorsqu’un soin plus spécifique est effectué, comme guider une respiration à un soin de relaxation profonde pour un massage sophro, par exemple,

– ne jamais demander les informations médicales hormis le fait que le client le précise lui-même. Accueillir avec humilité si celui-ci venait à se confier,

– veiller au volume du son et des lumières d’ambiance,

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– veiller au confort corporel : la bonne température sur table, couvrir de façon sécurisante pour préserver l’intimité du client même s’il y a un sous-vêtement jetable parfois très court ou mal ajusté. Un plus pour apprendre la technique du drapping qui ne laisse aucune équivoque,

– éviter le coccyx et l’attache des adducteurs à l’entre jambes à mains nues, sauf dans une intervention ciblée à la demande ou avec l’accord du client explicitement validé,

– veiller à être prévenant en quittant la cabine pour que le client se change, frapper avant d’entrer en prenant soin de ne pas ouvrir mais en glissant la tête pour avoir une réponse… Je vois cela trop souvent, c’est intrusif et inconvenant, pire encore si c’est un praticien qui le fait à une femme,

– pour la réservation des soins : pourquoi demander si un homme conviendrait à la réservation du soin ? N’est-ce pas un stress inutile à communiquer ? La solution consiste à se limiter à citer le prénom du praticien ou de la praticienne. Ainsi, tout le monde est sur un pied d’égalité.

Tous ces petits détails sont encore plus de reproches aux praticiens. Un homme a tout intérêt à développer son écoute car combien de clients se retrouvent insatisfaits par les habitudes protocolaires du praticien…

Pourquoi demander si un homme conviendrait lors de la réservation du soin ?

Mes conseils aux praticiens hommes

Ne vous démoralisez jamais devant qui que ce soit, cela n’est que la projection et l’ignorance des autres sur votre valeur et le formidable praticien que vous avez sculpté. Ne laissez personne vous faire ressentir que vous êtes un problème.
Ne laissez pas vos collègues demander aux clients lors d’un massage en duo s’ils préfèrent des mains masculines ou féminines.
Soyez intransigeant sur ces petits détails et fausses bonnes attentions qui sous-entendent un problème où il n’y en a pas. Si le client ne dit rien, rien n’est à dire. Soyez présent, ouvert, et prenez de la distance sur ce qui est le problème des autres.
Voici l’image que j’aime donner aux messieurs : « Rayonnez votre amour inconditionnel, prêt à donner son service le plus précieux et votre gage de qualité ».

Mon conseil au spa manager

Soyez porteur(se) d’une responsabilité incorruptible concernant le genre. Encensez votre praticien homme s’il le faut grâce à son mérite et son expérience, pour influencer la décision du client sur un a priori en désuétude au 22ème siècle ! Ne fléchissez que si le sujet a bel et bien été abordé en amont de la réservation. Et de grâce : formez la réception sur sa façon de vendre un soin avec fluidité et sans aucune ombre au tableau ! Nous comptons sur votre position tel un rock en pleine mer : imperturbable et serein.
L’homme ne devrait pas en faire plus qu’une femme. Malheureusement, il a tout intérêt à redoubler d’attention pour rétablir sa légitimité auprès d’une clientèle frileuse à sa présence. C’est encore ainsi et seul le temps fera avancer les mentalités.

Je remercie tous les hommes que j’ai rencontrés dans la profession qui m’ont encouragé à écrire ce premier article, ainsi que les femmes qui se sont senties toutes aussi concernées, par le malaise de sexualisation.
Au plaisir de poursuivre cet article sur une suite de toute actualité.

Le cœur du problème est que nous soyons sexualisés dans cette profession